Poèsie - Port de nuit

Publié par Lou Reïgisgis


 

Il est un lieu improbable ou vient s’échouer des navires en perditions,

Des barques légères, des vaisseaux fantômes, des paquebots

De croisières qui ne s’amusent plus, des Capitaines harassés

Par de trop longues traversées, de jeunes matelots

En mal d’espérances d’Océans à chérir,

Des Sirènes aux vies en queues de poissons.

Sur ce plancher d’asphalte de la mélancolie

Ou les rêves s’abrutissent, la station de nuit

De "La Coquille" de Porte lès Valence, abrite une Vestale stoïque.

Elle éteint le brasier du jour, allume celui de la nuit.

Elle accueille l’odyssée du peuple des autoroutes, auréolée de phéromones.

Son charme de silex agit.

Deux Grands Prêtres officient à ses cotés.

C’est leur Prêtresse à eux. Deux Saint Bernard l’Hermite

Pour coquilles de noix et grands paquebots.

Les routiers marins échoués dans ce port de nuit

Epanchent leurs besoins d’humanité

Dans l’inconfort singulier de ce comptoir de hasard.

La sévérité impassible des Grands Prêtres Bernard

Pour qui déborderait du trop

Plein de la calle de fond de la Vie,

Sécurise l’office de la Vestale, de ce havre de nuit.

Cette Vestale, c’est leur Doudou à eux, les Bernard.

Leur Mère Supérieure. L’Egérie de leur nuit.

Leur raison nocturne. Leur nationalité de noctambule.

Leur passeport du jour qui se lève.

Dans la soute déglinguée des machines à café

Aux breuvages infâmes, ils apprêtent consciencieux

Une Divine torréfaction. C’est leur pouvoir transcendant.

L’humanité abrutis d’un quotidien aux amarres larguées,

Boit ce jus comme un nectar des dieux.

Ulysse du bitume en recherche d’Ithaque

Ou les attend une Pénélope infidèle,

Naufragés de ce port de nuit,

Toutes et tous repartent vers leur destin

Allégorique, le cœur vague, un pauvre sourire aux lèvres,

Le regret d’un présent déjà en souvenir.

Un long ruban noir goudronné leur serre la pomme d’Adam.

Demain nuit, peut être, surement même, ils reviendront

Desserrer le nœud coulant de leur destin, dans ce port de nuit.

                                                                                                                             

Au petit jour, la Vestale s’en va laissant dans son sillage

La mémoire imparfaite d’une Déesse de la nuit.

                                                               A Muriel

                                                               A Blanco

                                                               Au Grand Bernard

  Lou Reïgis

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