Méchoui où? au Siroua!

Publié le par Lou Reïgis

Revenu du Maroc et des montagnes Berbères du Siroua, ce ne sont pas les souvenirs qui manquent! Voilà un trek qui demeurera dans la mémoire de ce qui l'on vécu comme une jolie parenthèse de vie. Parenthèse qui ne demande pas à être refermé, comme une vulgaire technique prosaïque du langage écrit. Pour prolonger la magie des jours passés dans le djebel Marocain des montagnes de l'Anti Atlas, voici un épisode à forte densité émotionnelle et savoureuse, dans toute l'acceptation du terme"savoureux"IMG_3907.JPG

Brahim, qui menait son troupeau composite d'humains à majorité femelle d'un pas mesuré, nous annonça un soir que les réjouissances des 5 à 6 heures de marche attendues du lendemain, se prolongeraient par un méchoui. "Va donc pour le tourne broche et la bestiole empalée qui va avec" pensai-je. Or donc, nous vîmes arriver en début d'après midi, le jour dit, un de nos muletiers tenant fermement sur l'encolure de sa monture, un agneau tout jolie, tout beau... et bien vivant! Etonnement des uns, émois de quelques autres, pâleur de ces dames et semblant d'indifférence affecté des hommes...

On mit donc à paître la bête dans un coin de verdure, toute heureuse du sort bénit promis, de vivre le reste de son âge dans la douceur et le luxe d'un Eden d'herbes grasses. Dans le site magistral d'éboulis rocheux choisi par Brahim pour l'exécution d'une des grandes oeuvres de l'art culinaire berbère, le silence médusé initial fit place à quelques commentaires effarouchés de nos dames, se refusant d'assister à un meurtre expiatoire pour raison de ventres à nourrir, et à l'observation moustachue de Jeannot, à la philosophie succulente d'une misanthropie chafouine. La théorie sans rhétorique de Jeannot, pour brutale quelle soit, à le mérite de l'explicite, sans l'échappatoire hypocrite de la bonne conscience. En voici la sentence sentencieuse: "Celui qui veut consommer de la viande doit de ses propres mains tuer la bête". Hé bé, mon Jeannot c'est pas gagné...!

IMG_3883.JPG

Mikalette, jamais rassasiée d'authenticité, décida d'affronter la mort sacrificielle de l'enfant brebis, et me demanda d'en assurer le reportage photographique, sa Coco se refusant à voir par le biais de son propre boîtier, imprimer soudainement sur son écran d'ordinateur, l'agonie de l'agneau. Dans un louable effort de participation aux préparatifs des agapes berbères, les uns et les autres s'activèrent, qui au ramassage des pierres à four, qui à la cueillette des buissons épineux. Car figurez vous, il ne s'agissait nullement de tourner l'agneau broche sur l'âtre, mais bel et bien de construire un caisson de cuisson dans lequel le bestiaux serait confiné et rissolerait dans son jus naturel, simplement oint de beurre. Brahim et Mohamed égorgèrent donc le jeune ovin avec une délicatesse d'expert es-coutelas. Quelques soubresauts plus tard l'affaire fut entendue, et le dépeçage exécuté de main de maître. A quelques pas du lieu de l'abattage, le four se confectionnait avec une attention et une maîtrise artisanale admirable de simplicité et d'ingéniosité mêlées.

Pour échapper à la mélancolie horrifiée de ce moment mystérieux où la vie bascule dans le trépas, Brahim emmena ses nigauds de touristes- crapahutes et sensibles au ramassage du combustible à four.

IMG 3974L'allumage se fit conformément à la logique du fagot crépitant, et le cuistot, qui n'était pas un cuistre, vérifia régulièrement le bon déroulement des opérations simultanées engagées. En parallèle à son office efficient, notre maître queue pétrie la pâte à pain, qui fut cuite dans une poile tapissée de cailloux, au dessus d'un foyer constitué de trois grosses pierres. La bête, affinée et apprêtée aux petits oignons, fut installée dans la chambre de cuisson après estimation empirique de la température idéale, par tarin et doigté d'expérience. Le sommet ouvert du bâti dans lequel l'agneau du Siroua s'alla se faire cuire, fut rapidement scellé. Deux heures durant, avec un soin attentif et méticuleux, les hommes calfeutrèrent inlassablement la moindre fumerolle de leurs mains argileuses. La science des "brigadiers" détermina l'ouverture du four et l'achèvement de l'opération délicate de la cuisson.

IMG_4045.JPG

Chapeau bas, Messieurs, et bon appétit les amis! Sur la table, la chair de la bête fut découpée et distribuée par Brahim, et le silence des mandibules rendit hommage au savoir faire des hommes et à celui des agneaux. Et une fête s'en suivit jusqu'à tard dans la nuit, sous les étoiles, chants et farandoles, joie de vivre et partage fraternel en ce pays berbère où nous reviendrons un jour, méchoui ! méchoui ! inchallah...!

IMG_4074.JPG


Commenter cet article