Nouvelle - Le Loup

Il est un endroit où j’aime particulièrement venir me reposer.

Tout au fond d’une vallée, un petit hameau est blotti contre la montagne, bien à l’abri des coulées d’avalanche.

Depuis plusieurs années, je retourne avec bonheur vers ce petit coin de paradis, auprès de ceux qui sont devenus de vrais amis. Ils tiennent un gîte d’étape dans ce havre de paix, porte d’accès à trois cols dont leur habitation tire le nom.

Là, les vieux du village viennent régulièrement boire l’apéritif dans le petit bar tenu par mes amis. Alors, quand j’arrive, les anciens me payent la tournée.

Soleil, nature, apéritif, bonne chère, un endroit idéal pour oublier les traîtrises de la vie…

 

Ce jour là, je me suis levé tardivement. Il est vrai que j’ai passé la nuit en solitaire dans le dortoir du gîte et que le calme apaisant de cette nuit de fin d’été ne m’a pas incité à me lever de bonne heure.

Peu importe !

Je pris donc tranquillement mon petit déjeuner dans la salle commune, sans stress, bien décidé à farnienter toute la matinée.

Ce que je fis, tout en discutant avec mes charmants hôtes.

Je les connais maintenant depuis près de cinq années et j’apprécie chez eux tout autant la gentillesse, la bonne humeur et la discrétion. Ils savent tant de chose sur moi, mais jamais une seule question indiscrète. Des amis, vous dis-je !

 

Ma passion, la randonnée…

Je ne peux rester longtemps sans marcher lorsque je suis aux Gourniers.

 

Situé au pied du parc des Ecrins, les Gourniers proposent aux randonneurs des paysages sublimes. J’ai fait la plupart des sentiers en des saisons différentes et, à chaque  fois, j’ai la nette impression de redécouvrir le paysage.

 

Après le repas, je m’équipais de fond en cap et décidais de monter vers le vallon de la Vieille Selle.

Le vallon de la Vieille Selle et la Dublée


 

La journée, ensoleillée, promettait d’être agréable et rien n’aurait pu me détourner de ma balade.

D’un pas alerte je gravis la première pente sans trop me préoccuper du paysage. Je ferai une pause à la chapelle sise à l’entré du Parc. Peut-être aurai-je la chance d’apercevoir, sur le versant opposé, la gambade joyeuse des chamois.

De temps à autre, un sifflement strident retentissait et je pus voir  les marmottes dressés sur le seuil de leur terrier….

J’étais seul. Et bien…

A la Chapelle, nul chamois en vue. Tant pis.

D’un pas égal, j’attaquais la montée vers la Vieille Selle.

Ici, sous la pyramide de la Dublée, deux vallées confluent. Une, territoire des vaches sous le Mourre Froid, l’autre dédié aux moutons. Là se trouve la Cabane de la Vieille Selle, deuxième arrêt programmé de ma journée.

Après une rude mais courte montée, je débouchai dans le vallon. Le torrent resplendissait sous le soleil et au pied de la cascade, la cabane endormie, porte et ouvertures closes s’offrait à mon regard.

L'été finissant jaunissaient les mélèzes. La douceur de la journée, relative à cette altitude, incitait plus au repos au bord du ruisseau qu 'à une montée délicateau travers de l’éboulis dont j’apercevais les cairns indiquant le chemin.

Je savais que je n’aurai pas le temps de monter au lac, j’avais encore six cent mètres de dénivelé à gravir.

Je m’installais donc au dessus de la cabane, à cet endroit où deux cascades successives embellissent les lieux.

Perdu dans mes pensées, allongé sur un rocher pentu, le murmure de l’onde ne tarda pas à me bercer.

Et je plongeai dans une douce torpeur…

 

Je ne sais combien de temps je restai ainsi. Est-ce la fraîcheur tombante qui me réveilla ? Ou l’impression bizarre d’une présence ?

 

Il était là. Me coupant le passage. Allongé à quelques mètres de moi, un magnifique loup gris aux yeux d’or me contemplait.

Le temps s’était arrêté. Je ne ressentais aucune frayeur, mais je me gardais bien de faire le moindre mouvement.

Combien de temps sommes-nous rester ainsi, dans un sublime face à face, lui sûr de sa force, moi pénétré d’un étrange sentiment de petitesse, mais aussi conscient de la beauté du moment ?

 

Il rompit le premier cet instant magique. Il se releva, s’étira, me jeta un dernier regard, puis d’un pas agile s’éloigna sans plus se retourner.

 

Je restai longtemps immobile.

Comme à regret, mon sac à dos bien ajusté sur mes épaules, je repris le chemin descendant, plus très sûr d’avoir vraiment vécu ce moment…

 

 

Publié dans Nouvelle

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