La Vergogne

Publié le par Lou Reïgis

La vie est ainsi faite que l'on en revient souvent à son enfance.
Elle nous marque et jette sur la vie qui va, certain jours, un manteau de mélancolie, l'âge adulte venu.
Mon enfance, c'est Mézilhac, la maison de mon pépé, Jean François Régis.
C'est la boulangerie de mes parents à Le Teil, rudes et courageux travailleurs, avec un sens aigu du devoir à accomplir quotidiennement.
Pas de luxe en leurs demeures, une vie simple .
Pas d'effusion, de ces "fricassées de museaux" éclaboussées de mots tendres. Ce n'était pas l'usage en vigueur.
Un sens naturel de ce qui est juste, toujours défini sans fioritures dans le verbe comme dans les actes. Ils pouvaient être dans l'erreur, tenir des propos rudes, à l'emporte-pièce, personne n'aurait mis en doute leur honnêteté. 
Une présence forte et discrète à la fois de ces personnages qu'il m'est bon, toujours, de me souvenir.
Ils sont, chacun à leur place, bien au chaud de mes pensées tendres et souvenantes.
Aujourd'hui, où l'on nous parle sans cesse de respect, du sens des valeurs, d'esprit de tolérance sans que le discours suive les actes, c'est le manque de vergogne de ceux qui, avec condescendance, promeuvent l'exemplarité de ces attitudes, qui me rend mélancolique...
La Vergogne. Voilà un mot tombé en désuétude, et qu'il me plaît à usiter dans cette chronique.                          
C'est un mot d'autrefois, qu'utilisaient nos Parents et Grands Parents pour définir des comportements empreints des salissures morales, qu'aucune retenue d'éducation, de simple respect de soi même et des autres, n'auraient pu nettoyer au détergent de la seule bonne conscience.
"Etre sans vergogne" ou un être sans "vergogne", la sentence tombait, définitive, de leur bouche.
Ce mot faisait partie de l'éducation des gens du peuple.
Exemple à l'appui, se définissait ainsi une manière d'être, seule acceptable et honorable.
Personne ne pouvait se dédouaner, faire entorse à la vergogne, sous prétexte de position sociale supérieur à une autre.
Bien au rebours, l'appartenance à une catégorie à priori plus élevée que la plèbe, donnait des obligations d'exemplarité.
Qu'en est il aujourd'hui, et à quoi assistons nous au regard de la signification ancienne du mot "vergogne",
La dilapidation des obligations morales des élites est devenue la vitrine du nouveau magasin de la modernité.
On y trouve de tout... 
Sur l'étal de vente s'affiche à bas prix ou à vil prix, c'est selon, la rémunération d'un seul homme, grand PDG, équivalente à ce que gagnerait un salarié à 1300€ mensuel, à condition qu'il ait commencé à travailler sous les rois pharaons... vergogne...
Tel Président, élu par le peuple, dont le discours électoral annonçait l'égalité Républicaine dans l'ascension sociale, propulse son rejeton dans le giron de sa gouvernance, alors que celui-ci n'a, somme toute que le privilège de porter le même patronyme... vergogne...
Un autre, ci-devant Ministre, vole au secours d'un artiste coupable de mauvaise moeurs sur une mineure, au seul prétexte qu'il est un génie en son art... vergogne...
Tel dirigeant d'une ancienne grande entreprise d'état des télécommunications passé au secteur concurrentiel, et qui pratique la brutalité sauvage dans la marche forcée vers l'utilisation corvéable soumise des salariés de son groupe, et à qui il ne viendrait pas à l'idée de démissionner après une longue série de suicides en cours... vergogne...
Tel autre encore, fils d'un grand avionneur, honneur de la France, qui achète à coup de billets d'euros, des votes d'électeurs, refusant, sait on jamais, la sanction de la démocratie... vergogne...
Le "sans vergogne" s'affiche partout, il a pignon sur rue, il semble être la normalité des moeurs de ce temps, notre époque que l'on dit moderne.
J'ai lu, il y a quelques années déjà, le livre de Marc Bloch, "L'étrange défaite". Livre posthume d'un résistant, analysant au scalpel les raisons de l'effondrement d'une nation en trois semaines de combat à peine.
Livre écrit entre Juillet et Septembre 1940, à vif.
Procurez vous le, lisez le, et vous vérifierez que les mêmes causes engendrant les mêmes effets, le peuple d'hier, d'aujourd'hui et de demain sans doute, a été, est et sera éternellement trahi par des élites sans vergogne.
Et que, << un pays a les élites qu'il mérite >>...
Lou Reïgis

 

 

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