L'Evangile selon Jean-Charles.

Publié le par Lou Reïgis

Il est, sur l'autoroute du soleil, à Portes les Valence, une station à l'enseigne d'une coquille jaune, sigle moderne aux antipodes de celui des pèlerins du chemin de Compostelle. Néanmoins, passe en ce lieu le peuple du bitume, celui des grandes voies de communications tout azimut, et dont le but du voyage n'est en rien une recherche de sens, à l'exemple des marcheurs d'une expérience spirituelle, en route vers Saint Jacques de Compostelle.
Hors, voilà qu'un soir de printemps, la Maréchaussée nous amena un homme au regard mélancolique et perdu. L'individu venait d'être ramassé sur la bande d'arrêt d'urgence, pouce levé.
Ses papiers étaient en règle, il était Polonais, s'appelait Richard, quelques zlotys en poche, pas d'euros, mais un chapelet à la main et un livre de prières dans son sac.
Jean-Charles, magasinier de service ce soir là, intervint en interprète.
Un rudiment d'anglais plus tard nous apprit que, partit de Varsovie via Berlin, il se rendait à Lourdes rendre hommage à la célèbre Apparition.
Ne sachant que faire de ce curieux bonhomme, n'ayant ni le coeur à le verbaliser ni la possibilité de recouvrir l'amande, le Chef de la patrouille du peloton de l'autoroute nous le laissa en dépôt, avec la recommandation de ne pas le laisser repartir en auto-stop, le long du ruban d'asphalte, fussent pour des raisons nobles et spirituelles.
Jean-Charles, coeur en bandoulière, idéal chrétien chevillé à l'âme, fut bouleversé par la volonté de cet homme dépouillé des artifices d'une aventure confortable, bien loin de la matérialité et l'immatérialité de nos aspirations communes. Il décida de prendre en charge la tranche de destin que lui offrait Richard. Il installa le Polonais pèlerin dans l'un des deux fauteuils de massage trônant dans la boutique, afin que la nuit lui fut la moins inconfortable possible.
Son service achevé, Jean-Charles s'en alla récupérer petit Pierre et petit Paul à l'école, laissant à notre attention et nos soins la prise en charge de Richard.
Au bout d'un moment, nous vîmes Richard arriver vers la caisse et, contre zloty sonnant et trébuchant, se proposa d'acheter du pain. Impossible de convertir sa monnaie, alors l'un d'entre nous lui offrit son pain quotidien, un autre lui proposa un "sodebo", un peu de beurre, une boite de sardine, de quoi avoir un repas du soir acceptable. Richard refusa tout autre chose qu'un morceau de pain.
Il nous remercia d'un sourire silencieux pour cette générosité grandiose, et regagna son fauteuil.
Nous assistâmes alors au retour de Jean-Charles qui, prit de remords de laisser Richard dans l'inconfort d'une nuit en station d'autoroute, alimenté sans doute par le vieux fond de commerce de l'Eglise catholique apostolique et romaine, c'est à dire la mauvaise conscience, se proposa à emmener notre Polonais de Varsovie en sa maison, où un lit bien chaud l'attendait. Il fallut alors convaincre notre pèlerin de passage que la vieille Marie Madeleine assise en face de lui, et qui parlait toute seule, était une habituée des lieux, qu'elle ne risquait rien, qu'elle avait une famille, enfin on n'en savait trop rien, qu'elle faisait partie des nuits de ce lieu. Il accepta enfin de suivre ce bon Samaritain de Jean-Charles, nous offrit en partant son sourire tendre et mélancolique et disparut dans le sillon évangélique de son hôte d'un soir.
Le lendemain, Jean-Charles nous raconta qu'il avait fait honneur au repas du soir préparé par Blanche, passé une bonne nuit, et qu'il ne manquerait pas de faire des prières pour tout ceux qui l'avait si bien reçu.
Au petit matin, un routier sympa l'emporta vers les Pyrénées.
Belle rencontre que celle de cet homme de foi. Il a croisé le chemin de Jean-Charles, son alter ego en évangile.
Amis qui lisez ce blog, amateur de randos aux longs cours, celles qui permettent des rencontres insolites, enrichissantes, cocasses, drôles, curieuses et essentiellement humaine, voilà conté une histoire simple mais à forte valeur symbolique. Et qui nous permet de ne pas désespérer des femmes et des hommes de notre petite planète bleu. 
Nous avons partagé le pain, le feu et le sourire à un étranger de passage.
Pour mon copain Jean-Charles, j'offre ces quelques mots de la chanson de Georges Brassens,  résumés de toutes les Evangiles:

<< Toi Jean-Charles quand tu mourras
Quand le croqu'mort t'emportera
Qu'il te conduise à travers ciel
Au Père éternel. >>
Lou Reïgis.
                              
 
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