L’Ardèche est assurément riche de ses sentiers de randonnée, mais elle l’est également de son patrimoine bâti. Aux détours des chemins qui arpentent ce pays, de
nombreuses merveilles architecturales sont à découvrir comme l’Eglise Notre-Dame de l’Assomption à Pranles.
Bordée de l’ancien cimetière et du presbytère, cette petite
église de campagne, d’une grande sobriété, fut dès le XIIe siècle le lieu de culte d’un prieuré bénédictin
dépendant de l’abbaye de la Chaise-Dieu. De cette époque il ne reste que peu de traces hormis l’abside du chœur éclairée d’une fenêtre centrale fortement ébrasée, ainsi que la nef (espace de plan
allongé compris entre le portail d’entrée et le chœur de l’église) divisée en trois travées et couverte d’une voûte en berceau en pierre de taille. Cette voûte romane est soutenue par trois arcs
diaphragmes, eux même secondés par des arcs-doubleaux reposant sur des colonnes engagées coiffées de chapiteaux illustrés et historiés.
L’intérêt de l’église de Pranles réside justement dans ses chapiteaux ornés de personnages, de
feuillages et de motifs antiquisants comme les oves ou les palmettes. Au niveau de la nef, sur cinq d’entre eux, nous retrouvons sculptés, au chiffre symbolique de 7, des moines dont les torses
et les têtes émergent des feuillages et des enroulements végétaux finement taillés dans une pierre calcaire blanche. Le chœur offre aussi à voir deux chapiteaux cubiques plus anciens, sans
fonction portante, datant probablement du XIe siècle. Sur chacun nous parvenons à distinguer un orant qui
n’est pas sans rappeler celui de l’Abbatiale de Cruas toute proche (ces deux chapiteaux ont été fortement endommagés au XIXe siècle lorsque un prêtre, les trouvant trop archaïques à son goût, les a fait équarrir et recouvrir de plâtre afin d’avoir deux chapiteaux à corbeille
lisse).
A l’origine, de part et autre du transept (partie entre la nef et le chœur qui coupe
perpendiculairement l’axe longitudinal de l’église de manière à former une croix) se trouvaient deux chapelles construites au XIVe
ou au XVe siècle dans le style gothique. Malheureusement ces dernières, ainsi
que le clocher, furent détruites durant les Guerres de Religion. Au XVIIe siècle une reconstruction rapide
et économique fut entreprise donnant à l’église son aspect actuel. Ainsi les chapelles formant les bras du transept furent relevées et couvertes d’une simple voûte en appareil ordinaire. Quant à
la façade, un humble clocher-mur en grès local fut érigé comprenant un portail en plein cintre à voussures surmonté d’un œil-de-bœuf.
Enfin pour cette église un détail intéressant doit être mentionné. Quand on pénètre dans l’édifice, on observe rapidement que la nef
n’est pas dans l’axe du chœur ; celui-ci est en effet légèrement dévié vers la gauche. A cette particularité (que l’on rencontre dans d’autres églises françaises) plusieurs explications sont
avancées dont une, d’ordre symbolique, qui voit dans ce plan dévié une expression de l'inclinato capite.
Autrement dit, l’église de Pranles évoquerait par son tracé l’inclinaison de la tête du Christ sur la croix. Une seconde explication plus « terre-à-terre » suppose que les bâtisseurs
auraient tout simplement érigés l’édifice en prenant appuis sur des fondations déjà existantes d’une construction antérieure. Seule une fouille du sol de l’église pourrait un jour nous éclairer
sur ce point.
E.S.
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