Le blog de Caminarès

Il est un petit village provençal, niché au creux d'un vallon, à quelques encablures de la grande métropole marseillaise. Le Rove, tel est son nom.
Célèbre par son tunnel creusé sous les collines de la Nerthe, qui permettait aux péniches de relier les eaux lointaines de l'Atlantique à celles de la Méditerranée, les traditions, ici, ont la vie dure.
Ici, le touriste pas encore blasé, pourra trouver le dernier troupeau de chèvre parcourant les anciennes drailles, entre autoroute et rade de Marseille...
Ici, on fabrique un fabuleux fromage, la Brousse du Rove... A la fin d'un repas, délicatement recouvert d'eau de fleur d'oranger, c'est un délice subtil...
Qui pourrait penser que, si près de la modernité, tout un monde ancien mais toujours aussi vivace, existe encore et toujours?
Ce samedi 24 octobre, les 5iemes journées de la chèvre du Rove se sont déroulées. Au son des fifres et tambourins, tout un village s'est pressé autour du troupeau rassemblé entre quelques barrières. Plus de trois cent têtes, objet d'un concours, attendant patiemment que les quidams présents parient sur leur nombre. Puis, un merveilleux orchestre de rue nommé la Banda du Dock, aux cuivres étincellants, ont enchanté les présents, avant que l'on ne pèse le bouc, objet lui aussi de paris. Et soixante quatorze kilos et demi, à l'antique romaine, firent le bonheur du gagnant.
Mais la journée était loin d'être terminée.
A vingt heures trente, plus de cent personnes, godillots au pieds, polaire sur le dos, prirent le chemin du Puits de l'Oeuvre, pour une veillée des Bergers. La nuit douce et calme résonna alors de cris joyeux d'enfants, manifestant leur joie pour le match du lendemain , opposant notre Olympique de Marseille à l'équipe honnie du PSG... C'était sans compter sur la grippe médiatique H1N1, mais nous n'en savions encore rien... Exit, le classico....
Les nuages, complices, se déchirèrent, laissant apparaître un premier quartier de lune resplendissant. Par moment, la lumière crue d'une lampe de poche éclairait le chemin blanchâtre, bien tracé entre les plantes de garrigue, noirâtres sous la paleur de cette nuit d'octobre... Le long ruban joyeux s'étirait au travers de la garrigue endormie.
Enfin, le Puits de l'Oeuvre fut atteint.  En contre bas du chemin, il recueille l'eau d'une source, jaillie un peu plus haut, au pied d'une barre rocheuse. Après l'orage, une véritable cascade embellit ce lieu...
Dans le silence relatif de cette nuit automnale, le premier conteur prit la parole, hissé sur la margelle du puit.
Et se fut une ode à l'eau, cette richesse des collines qui, selon le mot d'Antoine de Saint Exuspéry "n'est pas nécessaire à la vie, mais est la vie"
. Ainsi, notre orateur d'un soir, Francis, cousin du chevrier André, nous énuméra les nombreux puits de la commune. Sans cette eau, venue des Alpes, mystérieuse et souterraine, jamais la vie n'aurait pu s'établir dans ces collines, aujourd'hui merveilleusement préservées par la volonté d'un maire et de sa municipalité, avec le concours du Conservatoire du Littoral.
Puis, André, berger et poète, chanteur à ses heures, se jucha à son tour sur la margelle du fameux puits pour nous conter sa vision de la vie, les bienfaits mais aussi les dangers du progrès. Sa déclaration, empreinte de fatalisme, fut une ode à la préservation de la nature.
De peur d'avoir mis à mal le moral des participants tout ouï, André décida alors de terminer la soirée par quelques chansons de son cru, où le parler marseillais, jouissif et jubilatoire mit en exergue le pêcheur de roucaou dont la ligne s'enrague alors qu'un pôvre gobi s'estramasse à l'esque de l'hameçon, suivie d'une ode chatoyante à la moule dont le refrain fut repris en coeur par une assistante hilare "A la moule ! A la moule ! A la moule !", enfin, par un poème au parisien, ennemi héréditaire à qui nous sommes toujours enclin à offrir le pastaga afin de lui démontrer la supériorité de notre culture ensoleillée car  "s'ils ont la tour Effeil, vieux tas de ferraille, nous, nous avons le soleil et le chant des cigales"...

Et, heureux et satisfaits, nous reprîmes le chemin du retour, sous une lune enfin révélée, complice avec quelques étoiles, de notre veillée des bergers...

Puits de l'Oeuvre - Janvier 2009

Dim 25 oct 2009 2 commentaires
Monsieur,
Présent à cette soirée exceptionnelle, sous le miracle éternel de notre ciel provençal, Vous avez su restituer avec talent ces instants précieux de bonheur. Soyez en ici remercier chaleureusement. S'il vous arrive peu souvent d'être en forme olympique dans les randonnées que nous avons eu le bonheur de faire ensemble, dans l'écriture, cher Monsieur, Vous êtes un authentique grio Marseillais.
Une petite critique cependant: était il bien nécessaire de parler de football et de ce club auquel vous semblez tant tenir?
Un de nos amis commun vient de passer 6h avec ce que l'on appelle des "supporter" sur une aire d'autoroute près de Valence, et, malgré l'appui de la maréchaussée (2 gendarmes pour 150 énergumènes) ce genre d'événement nous emmène bien loin de la poésie que vous venez de nous faire partager...
Dans vos prochains écrits que j'attend avec impatience (et je ne suis pas le seul, croyez le bien), évitez donc cette faute de goût... Votre talent mérite le meilleur...
Je vous adresses mes salutations randonneuses, et à très bientôt de vous revoir, sac au dos, chansons aux lèvres et bonheur au coeur.
Mathurin de Ségusiane
Mathurin de Ségusiane - le 25/10/2009 à 17h14
Mon cher Mathurin...
Voilà un prénom qui résonne comme un coup de fusil du temps où les citoyens mâles de ce pays faisaient encore l'armée... A vrai dire, je m'attendais à une signature du style Mathurin de St Etienne....
Or donc, je sens en votre commentaire une ironie non feinte en ce qui concerne une équipe de foot qui fait rêver des milliers de jeunes en notre belle Provence. Comme votre ironie me semble facile, lorsque l'on se contente des restes d'une épopée qui date du siècle dernier...
Et puis, les huluberlus dont vous parlez, ne sont-ils pas plutôt de Lutèce que de Massilia?
caminares
Monsieur Caminarès,
J'ai toujours un plaisir renouvelé à lire les chroniques de votre blog, les vôtres et celle de votre ami Lou Reïgis.
Cependant il me semble que votre ami Lou Reïgis se perd un peu dans l'excès verbal, l'intempérance de ton, qui nuit à la qualité de ses écrits alors que le fond de ses propos sont de bonnes factures.
Il serait bien que vous le lui signaler diplomatiquement, cela va de soit.
Pour ce qui vous concerne, la réponse que vous faite à Mr Ségusiane me semble infondé, et, si j'ose dire, hors jeux.
Je suis de son avis: que vient donc faire le jeux de ballon dans votre admirable chronique pleine de poésie, ainsi que votre ami Mathurin Ségusiane vous le fait observer?
Certes, c'est peut être chercher "la petite bête", mais convenez que l'excellence nécessite une rigueur qui n'autorise aucun écart et que votre talent doit être maîtrisé dans les plus infimes détails... et dieu sait si le jeu de ballon est quelque chose de dérisoire!
La digression est un art en lui même, en écriture.
Vous êtes à l'orée d'une probable carrière d'écrivain inconnu, alors, mon Ami, ne lâchez rien! Sans cesse sur le clavier remettez vos doigts jusque à se qu'ils soient gourds et perclus de rhumatismes... Et ne vous perdez pas en chemin littéraire...
Bien à Vous,
Anselme Sauverzak
Anselme Sauverzak - le 26/10/2009 à 19h49