Myriam à Marrakech

Publié le par lou reïgis

Marrakech est une ville d'Afrique, superbe, généreuse, bruyante et colorée.

Arrivée avec une journée d'avance sur nos compagnons d'un trek au Maroc ( voir l'article dans le blog des Légremis), Myriam en a profité pour assouvir sa passion des musées, des jardins, des palais, par un crapahutage bitumé, quand bien même la route goudronnée n'est pas sa tasse de thé ( à la menthe cela va de soi )... Elle m'a donc traîné aux quatre coins cardinaux de cette ville Marocaine, avec une énergie vigoureuse et, pour ce qui me concerne, épuisante. Bon, d'accord cela valait la peine, et Marrakech est une citée où je vivrais volontiers quelques jours chaque année.

Marrakech est posée sur la plaine aride du Haouz, au pied du Haut Atlas. C'est une ville de couleur ocre, hispano-mauresque, où la courte présence coloniale française demeure, dans l'usage encore vivant de la langue de Molière par les autochtones. Et le peuple de Marrakech, les petites gens, ceux qui sont l'âme d'un pays, vous attendent avec une gentillesse et un sens de l'accueil inscrit dans une tradition séculaire, aussi bien par l'honneur que vous leur faite de leur rendre visite, que pour celui de plumer votre bourse, dans un art du commerce tout oriental !

Et le premier souvenir fort est la visite de ce haut lieu de Marrakech, la place Djemaa El-Fna, à deux pas de la Koutoubia, << phare de l'occident musulman >>. Là, tôt le matin, Myriam et moi, un peu perdus sur cette grande place vidée de la pagaille organisée des soirées Arabo-Berbères Marrakchi, nous nous fîmes littéralement alpagués par un "rabatteur à touriste" nous conviant à le suivre, à l'écart du souk, dans un dédale de ruelles, vers le marché juif où, disait il, de bien meilleures affaires se traitaient dans l'honneur et une probité exemplaire... Evidemment, une fois arrivés devant une échope d'épices odorantes, de pierres à tout faire, d'herbes cosmétiques, culinaires et pharmacologiques, notre bonhomme disparu aussitôt dans la foule dense et bigarrée, tel un mirage ondoyant de verbe et de chair ondulante... 150 Dirhams plus tard, quelques produits inutiles en poche, nous repartîmes à tâtons vers Djemàa el Fna, tout heureux de n'avoir pas cédé au 220 Dirhams demandés initialement et pour cause... nous n'avions précisément QUE 150 Dirham sur nous !!! Entendons nous bien, ami lecteur, jamais, au grand jamais ces commerçants hors pairs vous obligent à l'achat. Et si vous repartez les mains vides, vous aurez droit à des politesses souriantes, dans un art consommé d'hyperboles et de litotes mêlées, à la suavité toute orientale.

Cette petite leçon de commerce bien apprise, nous allâmes d'un pas heureux et confiant, visiter le palais de la Bahia et ses jardin andalous. Tout en ce lieu respire encore le "luxe, calme et volupté". Nos pas de flâneurs décidés nous amenèrent ensuite à visiter les ruines d'un palais extraordinaire, silencieux, au coeur de la médina, le palais El Badi. Un vieux souvenir Alsacien me revint en mémoire à la vue de nids habités d'autruches ressemblant à des cigognes... Sacrée Myriam...

Une tajine copieuse dans une des innombrables gargotes proprettes des abords de Djemaa El Fna, et nous voilà repartis enthousiaste vers La Ménara. Ce pavillon du XIXe, dressé au bord d'une pièce d'eau du XIIe siècles servant à irriguer vergers, cultures et la centaine d'hectares d'oliviers qui l'entoure, était le lieu des plaisirs du Sultan. La légende raconte que l'un d'entre eux avait pour sage coutume le matin, de balancer à l'eau celle qui avait eu l'insigne honneur de partager les délices de ses nuits... Ah, la belle vie, qui ne s'embarrassait pas des contingences maritales... Il y a des matins où je me sens d'humeur orientale, pas vous amis lecteurs?

Mon insatiable Myriam, court repos emmagasiné, décréta l'urgence de visiter le Jardin Majorelle, à l'autre bout de la ville... et oui ! Sous une fine pluie grainée de sable, nous remontâmes l'ancienne avenue de France aujourd'hui dédiée à Mohammed V, sultan devenu roi du Maroc l'indépendance proclamée, et après moult tergiversations, désorientés par une brochure approximative, nous arrivâmes éreintés, fourbus ( surtout moi... )  dans un jardin extraordinaire comme dans la chanson de Charles Trénet. Luxuriance végétale, feux d'artifice de couleurs arborescentes, et le sentiment d'être dans une tentative de définition de l'archée du déjanté Paracelse. Jacques Majorelle a réalisé en ce lieu une collection impressionnante de plantes des cinq continents, présentés en un méli-mélo au composé poétique et mystérieux. Il faut rendre ici hommage à Yves Saint Laurent et Pierre Bergé d'avoir su pérenniser la magie de ce jardin à coeur battant. Et le soir nous tomba doucement sur les épaules au milieu de la sérénité de cet enclave intemporelle aux impressions sensibles et fugitives.

A la nuit venue, nos compagnons de rando arrivèrent enfin à notre hôtel, et le repas du soir avalé dans la joie et la bonne humeur, chacun s'en alla rejoindre dans les bras de Shéhérazade les rêves d'Orient que le ciel étoilée de ce pays étale sur vous comme un drap de nuit...

Voir l'album Myriam à Marrakech

 

Publié dans chronique

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