Montagne Sainte Victoire: le plan de la Crau

Publié le par caminares

Magnifiée par Cézanne, la Montagne Sainte Victoire dresse son épine dorsale à l'est d'Aix en Provence. Lieux mythique de cette Provence béni des Dieux, elle offre aux randonneurs un terrain de jeux d'une richesse sans pareille.

Allongée langoureusement d'Est en Ouest, le massif culmine à 1011 m au Pic des Mouches, le bien nommé....

En ce dimanche de premier avril, je parcours la ruelle principale de Vauvenargues, petit bourg de 900 âmes, blotti au pied de la belle endormie.

Le château, où vécu Pablo Picasso, offre aux regards des premiers touristes un curieux emballage de protection et d'échaffaudages. Une rénovation est en cours.

Ici vécu Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues (Aix-en-Provence, 5 août 1715 – Paris, 28 mai 1747), soldat, écrivain, moraliste et essayiste français.

Aujourd'hui, je suis en reconnaissance. Dans quinze jours, je dois amener un groupe d'une quizaine de personnes. N'ayant plus fait le chemin depuis de nombreuses années, je veux me le remettre en mémoire...

Mon programme est alléchant: une dénivelée cumulée de 800m, un sentier montant droit vers la montagne sans se soucier d'une quelconque verticalité, des panoramas grandioses, un prieuré accueillant....

Au départ du parking, je rejoins la Cause, petit cours d'eau que je traverserai d'un pas gaillard (399m). Le balisage vert du Sentier des Plaideurs (*) dirige mes pas vers le Col de Suberoque et la ligne de crête que j'entrevois au loin.

Ce sentier attaque un premier contrefort, redescend vers un ru asséché bordé de schiste noir, puis en cours lacets, atteint une piste forestière. A peine le temps de regarder le paysage et la Croix de Provence à l'extrémité ouest de la montagne, que déjà la sente plonge vers le ru de l'Infernet où pas une goutte ne s'écoule. Puis, il remonte à travers le forêt de pins, traverse d'anciens prés aux murets écroulés et attaque un raidillon.

Il prend son temps.

Comme pour vous faire comprendre que le plus dur est à venir.

Brutalement, je plonge vers le fond d'un vallon (510m). Le sentier devient escarpé, traverse en suivant la courbe de niveau un sous bois reposant et brusquement vire à droite et attaque frontalement la pente. Les courbes de niveau se resserrent. Parfois, un escarpement plus élevé oblige à s'aider des mains. Derrière moi, le paysage devient grandiose au fur et à mesure que l'on sélève. Je suis vite rattrapé par un groupe de coureurs: dans quinze jours aura lieu sur ce tracé le trail de Sainte Victoire.

Les fous, me dis-je....

J'arrive à un premier sommet (775m). Face à moi, le Col de Suberoque  (946m) s'offre à mon appetit de randonnée. Je franchirai la dernière dénivelée sans vraiment m'en rendre compte....

Me voilà au col. La vallée de l'Arc, embrumée, se dévoile avec peine. Les Monts Aurélien à ma gauche, la Sainte Baume face à moi, le massif des Calanques, celui de l'Etoile et le Pilon du Roi me font face. Au nord, le Lubéron, le Mont Ventoux et sa calotte blanchâtre, plus à l'est les neiges restantes de l'hiver sur les Alpes. Sur trois cent soixante degrés, la vue, bien que délétère, est saisissante.

Un bosquet m'attire. J'éprouve le besoin de me restaurer. Sous l'ombre bienveillante d'un cèdre indigène, je reprends lentement des forces.

Le GR9 m'attend. Encore une grimpette aux cairns caillouteux, et me voilà sur le toit du massif. Le Baou des Vespres (1010m) et le Plan de la Crau resplendissent de fleurs printanières. Des tapis de potentilles et de narcisses d'Asso, les premières orchidées, quelques crocus, des pousses  d'asphodèles et d'iris pas encore fleuris, prouvent que le printemps est arrivé. Ici, le panorama est saisissant. Les falaises plongent en à pic vertigineux sur le flan sud de la montagne. Le soleil, à son apogée, mort sévèrement le randonneur oublieux de son couvre-chef que je suis...

Ici, tout est calme et sérénité...

Un étrange oiseau surmonté d'une voilure blanche et jaune plane au dessus de moi. Soudain, deux rapaces s'élancent dans l'azur et débutent une parade vertigineuse. Leurs ailes courbes et gracieuses tendues dans l'espace, ils virevoltent, se rattrapent puis plongent vers le sol. La tête dressée vers le ciel, immobile sous le soleil, j'admire la parade du couple d'oiseaux de proie. J'espérai l'aigle de Bonelly et pour la première fois en ce lieu, je vois des faucons pélerins....

Je reprends ma marche. Le cheminement, bien que plat ou presque, n'est pas aisé en ce plateau. Un immense lapiaz, des rochers affleurent le sol, obligeant le marcheurs à une attention soutenue. Gare aux entorses!

Au loin, la Croix de Provence affiche ses certitudes. Elle ne me quittera plus, phare imposant indiquant la route. Je croise de plus en plus de monde. Des groupes bavards et bruyants, incongruité en cet espace...

Le gouffre du Garagaï m'offre son imposante ouverture. Traversant la montagne, de nombreuses légendes entourent ce trou de mystères. Il parait même que la "Cabro d'Or" y garde de fabuleux trésors...

J'aime la solitude de ces grands espaces. Alors, arrivant à la Croix de Provence, évitant la foule multicolore et bruyante se pressant en son socle, je me dirige droit vers le Prieuré.

Les bénévoles de l'association des Amis de Sainte Victoire ont fait un travail de titan. Le refuge, hier presque insalubre, aux odeurs inéffables, est devenu un site d'une beauté austère, planchers et bas-flans cirés où l'on hésite à poser ses godillots poussièreux....

La chapelle baigne dans une musique sacré propice au recueillement.... Même le mécréant que je suis y trouve un charme incontestable. N'en déplaise à Lou Reïgis...

Je redescendrai par les lacets du GR9 passant près du Pré aux Moines, avant de m'engouffrer dans une sente confidentielle et vertigineuse qui me ramènera au chemin des Venturiers et sa fréqentation déjà estivale.

Puis, par un sentier jouxtant l'encombrée départementale, je rejoindrai Vauvenargues. Installé à la terrasse du restaurant "Le Couscoussier de Provence", je jouirai d'une pression blonde bien méritée, avant de retrouver de fidèles amis habitants en ce lieux pour une soirée conviviale....

 

Retrouvez ce cheminement "Le Plan de la Crau" sur le topo-guide "La Montagne Sainte Victoire... à pied"

 

Voir l'Album photo "Le Plan de la Crau, Sainte Victoire"

 

(*)  Entre 1790 et 1802, Vauvenargues étant chef-lieu de canton, abritait un juge de Paix. Les justiciables résidant à Puyloubier, village dépendant de Vauvrenargues et situé sous le versant sud de la montagne devait gravir à pied celle-ci pour se rendre au tribunal. Ils empruntaient alors le "couloir des justiciables", arrivaient au Col de Vauvenargues, cheminaient sur les crêtes jusqu'au Col de Suberoque et descendaient vers le chef-lieu par ce sentier dit des Plaideurs....

 


 

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