Mont Ventoux, 14 juillet 2013...

Publié le par caminares

8h45. La chaleur se fait déjà sentir. La petite place du village « Le Verdolier » m’accueille en ce dimanche 14 juillet. Depuis longtemps, je voulais atteindre le sommet du Ventoux en partant de ce point bas. L’occasion faisant le larron, je profite du passage du Tour de France pour me lancer dans l’aventure.

03-LavandeJe quitte le charmant petit hameau, me promettant de faire quelques photos au retour. Le GR4 s’élève tranquillement jusqu’au cimetière, laisse le goudron, puis attaque à flanc de colline les courbes de niveau régulièrement espacées mais très proches l’une de l’autre. Des champs de lavande au bleu étincelant bordent la piste rocailleuse. Elle monte sans à coup, pente assez rude, raviné par les pluies incessantes du début de saison. Je suis content d’avoir pris mes bâtons de randonnée…

Au fur et à mesure de l'ascencion, le paysage s’ouvre sur la plaine entre Sault et Monnieux. Pourtant, une brume délétère limite mon champ de vision. Quelques lézards, dont j’aperçois à peine la flèche verte, s’enfuit à mon approche, dérangé par le bruit saccadé et régulier de mes bâtons : Tic ! Tic ! Tic…. La montée est rude mais rapide. Brutalement, le GR s’incurve en un zigzag gauche, droite, et me voilà devant le Jas Forest. Tout est calme. Le chant des oiseaux m’accompagne.06-Jas Forest, altitude 1130m

Quelques prises de vue plus tard, je continue une large piste en pente douce sur le double GR. Le 9 a rejoint le 4…

Une ligne électrique aux imposants poteaux de béton semble donner la direction : tout droit ! Je traverse la Forêt du Ventouret. Sur ma gauche, l’alignement des pins me rappelle que ce lieu, comme le Mont Aigoual en Cévennes, a été sauvé de la déforestation à la fin du 19° siècle…

Soudain, tel un phare émergent de la brume, l’observatoire du Ventoux apparaît au-dessus de la canopée. Je n’y suis pas encore…

Quelques véhicules remontent la piste. Ceux-là ont trouvé la combine pour éviter la foule qui emprunte les départementales afin de se positionner au mieux sur le parcours du Tour de France.

Des sonnailles résonnent dans la forêt : un troupeau d’ovins broute tranquillement sous les frondaisons, surveillé par un berger taciturne qui ne bougera pas à mon approche…

Au détour d‘un virage, je rejoins la multitude. J’approche du « Belvédère », à l’intersection du GR et de la départementale. Ici, les fans de la petite reine ont garé leurs véhicules dans un immense fatras. Il y en a de partout… Ce soir, le départ sera impressionnant…

Des chants de supporters marseillais résonnent « « On est les Marseillais, et on va marquer ! On est les Marseillais et on va gagner » Sachant que la vieille l’équipe phocéenne en a pris 3 dans la musette, c’est plutôt risible… (Eh, oui, mon Lou Reïgis, je m’améliore…)

Bien vite, je quitte cette multitude, pour m’enfoncer dans la forêt. Direction, le Baraque d’Aurel. Je retrouve le calme tranquille qui sied si bien à une randonnée en solitaire….

A la Baraque, le GR9 délaisse son copain le GR4 pour se diriger sans coup férir vers le Col de la Frache. Pour ma part, délaissant les tee-shirts et autres chemises séchant entre deux arbres, je continue résolument sur le GR4. La végétation a changé. Ici, je suis dans la hêtraie. La piste monte tranquillement. Sans crier gare, le GR la délaisse et grimpe sur la gauche en lacet pour rejoindre le Pas de la Frache. Seul un cairn en mauvais état sur lequel je rajouterai quelques pierres, indique ce changement de direction.

J’approche du Pas de la Frache. Des signes évidents et odorants d’une nombreuse présence humaine jonchent les abords du sentier.

« P… n » me dis-je, « ils auraient pu aller plus loin déposer leurs m… »

Sur le parking improvisé mais officiel, de nombreux véhicules sont stationnés. Les pompiers, les gendarmes, les fonctionnaires du Parc, tous sont présent pour veiller à la sécurité des aficionados du vélo….

J’indique à un salarié du Parc mon indignation concernant les nombreux papiers rose ou blanc parsemant les bords du GR. Fataliste, il me comprend, hoche la tête et me dit « Les déchets, ils les ramènent, mais ça ! On va avoir du boulot…. »

En basquets, en chaussures légères, des centaines de personnes empruntent le cheminement vers le sommet. Je fais presque incongru avec mes bâtons en tenue du parfait randonneur. Je sais d’ores et déjà que je ne monterai pas au sommet. Trop de monde…

22-Sommet en vueA hauteur de la Tête la Grave, je bifurque dans la prairie. Il est 13 heures, il temps pour moi de me restaurer à l’ombre d’un pin.

A ma droite, une longue procession s’avance vers le point culminant du Ventoux. Sous mes yeux, les lacets de la D974 se prélassent. A perte de vue, des camping-cars…  Il parait que 250 000 personnes sont-là. Je veux bien le croire….25-Folie d'un jour

Des cris, des chants, des coups de klaxon, des olé envolés, des "Lyonnais, Lyonnais, Lyonnais" (tient, d’autres supporters se pensant à Gerland...), une foule bigarrée se presse, heureuse, en liesse, attendant depuis des heures la venue des héros des temps modernes…. Les affaires de dopage n’ont apparemment pas entaché la ferveur populaire. Car si dopage il ya ici, alors ce sera à la bière....

28-So British...Vous en voulez, vous des drapeaux ? Allemands, français, australiens, britanniques, hollandais, espagnols, j’en oublie surement, le Ventoux est une immense tour de Babel joyeuse et affairée… Plus de crise, plus de morosité, seulement des gens heureux, communiant ensemble l’espace d’un évènement sportif….

Il est temps de redescendre. Je rejoins la foule, le PR que je souhaite suivre, longe la départementale, je n’ai pas le choix…

Assis, couchés, debout, sous des tentes, en plein soleil, avec des parapluies, des chapeaux ombrelles ou des parasols, à chaque passage de cyclistes amateurs qui se risquent sur les pentes arides de la montagne, ce ne sont que cris d’encouragement, clameurs, chants…

Je pense aux chamois fréquentant la combe de la Grave. Les pauvres, avec tout ce remue-ménage, ils doivent trembler de peur sous les hautes futaies…

Je comprends la liesse de cette foule, mais je n’en peux plus… Au chalet Reynard, il m’est impossible de rejoindre mon PR. Alors au bout du parking, je fonce dans le Vallon des Pointes, je rejoindrai plus loin le balisage jaune… Les clameurs se font lointaines. Je m’enfonce dans la combe, je retrouve le calme…. Un groupe de randonneurs remonte le vallon. Nous nous saluons mais je sens bien qu’ils ne sont là que pour l’évènement de ce 14 juillet, ils ne parlent que …vélo…

J’atteins le GR91. Trois personnes m’attendent:

« S’il vous plait, vous savez où passe le Tour ?  - Vous venez d’où ?- Bédouin…. - Dites-moi, cela fait une trotte… »

Pour tout équipement, basquets, deux gourdes de 1 litre, pas de carte, ni casquettes ou chapeaux…

Je les rassure en sortant la mienne : « Voilà où nous sommes. Le Jas des Melettes est là, à 400 mètres, la route est juste à côté…- Merci beaucoup »…

Je repars en poussant sur mes bâtons. Le Tour rend fou…

Me voilà au Jas. A nouveau, les cris, les chants, les interjections… Le bruit sourd d’un groupe électrogène fumant pollue l’atmosphère. Une buvette. Je m’approche. Une télé retransmet l’avancement des coureurs. Encore 63 kms avant l’arrivée… Il est 15h, plus d' 1h30 à attendre… J’étanche ma soif avec une boisson gazeuse… Je reprends ma route, direction la Font d’Angiou où je prendrai, presque au calme, une petite collation arrosée à l’eau fraîche de la fontaine.

35-Soif apaiséeLe bourdonnement incessant des hélicos annonce l’arrivée des coureurs. Je continue le GR91 en remontant la large piste en direction de la maison forestière du Rat. La piste s’élève au-dessus d’une combe boisée. Si ce n’était le bruit incessant du ballet des hélicoptères tournant au-dessus du Ventoux pour satisfaire la curiosité de quelques millions de téléspectateurs restés en leurs demeures bien au frais afin de visionner tranquillement la montée des forçats de la pédale en ce haut lieux mythique du cyclisme mondial, je serai le plus heureux des hommes…

36-En approche du RatJe dépasse le Rat. La piste serpente tranquillement au travers de la forêt. La pelouse verte est une invite à la sieste. Des papillons multicolores se gavent du nectar des fleurs… Les oiseaux continuent, comme si de rien n’était, leur mélodieuse symphonie. Voilà la piste descendante, je retrouve le GR4. D’un pas rapide, j’approche du Jas Forest. Soudain, une tâche fauve sur ma droite détale. Je n’ai pas eu le temps de voir : chamois ou chevreuil, il est sûr que c’est un quadrupède herbivore….

Avant d’attaquer la rude descente, je fais la pause à l’ombre d’un cèdre…

Je bascule vers la plaine de Sault. Le paysage est superbe. La brume matinale a disparu, les champs de lavande s’offrent à mon regard.

J’apprécie en cette descente, mes bâtons de marche. La fatigue de la journée s’accumule, la piste est piégeuse, mais le panorama occulte mes craintes. Mon appareil photo en main, j’immortalise l’instant présent.

Voici le village…. Deux magnifiques épagneuls m’ignorent superbement… 46-Le Verdolier, le lavoior et sa fontaineLe lavoir est blotti contre la minuscule église. Sa fontaine murmure un doux message et étanche ma soif. Il est 18 heures passé de 20 minutes…

J’ôte mes godillots, jette un dernier regard en direction du sommet et heureux de ma journée, retourne vers mon petit chez moi. Ce soir, je ne ferai pas de vieux os…

 

Et le résultat de cette étape ? Je l’apprendrai en écoutant les informations sur le chemin du retour… Mais était-ce vraiment important?

 

Voir l'Album Photo " Mont Ventoux, 14 juillet 2013"


Voir la fiche technique de la randonnée.

Publié dans chronique

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Michèle 16/07/2013 20:46

J'imagine évidemment ta colère mais les gens sont de moins en moins vertueux, respectueux ! La société a bien changé !

caminares 17/07/2013 18:44



Je ne sais pa si la socièté a changé par contre, la plupart était là pour le Tour, pas pour la montagne. Cela fait une sacré différence!



Lou Reïgis 16/07/2013 09:05

Le Ventoux comme si vous y étiez...
Mais quand même, Caminares, quelle curieuse idée que de vouloir randonner au Mt ventoux, un 14 juillet d'arrivée du Tour de France?
T'es quand même bien un peu fada....
Bon, quoiqu'il en soit, j'aurais été assez con pour t'accompagner même ce jour là !!!

caminares 16/07/2013 18:22



Je voulais juste me rendre compte! Et comme l'a dit Jules bien avant moi: vini, vici, vidi.. heu, reparti!



Michèle 16/07/2013 08:18

Bonjour bonjour et bien tu m'as fatiguée avant que je commence ma journée mais quel périple dis-moi :)
Une petite chose : c'est pas beau de dire des gros mots :)

En tout cas, je me suis régalée et je me dis qu'à la retraite, tu as un second boulot d'assuré, celui de conteur :)

Belle journée

caminares 16/07/2013 18:19



J'ai dit des gros mots, moi? En filigramme, juste en filigramme... Mais je t'assure que cela m'a mis en colère, de voir des estrons partout!