Les Chevaliers de l'Entrada...

Publié le par caminares

 

De lourds nuages noirs obscurcissaient l’horizon lorsque les trois chevaliers franchirent la porte du Portalet.

Vêtus de lourdes capes noires, ils traversèrent d’un pas pressé le pont sur La ligne. Le plus âgé  semblait soucieux sous son couvre-chef emplumé. Les deux autres, visiblement plus jeunes, allaient fièrement tête nue, semblant ne rien craindre, sûr de leur force et de leur jeunesse.

En ce samedi de fête, les badauds peu nombreux, rebutés par la morosité du temps pluvieux, escaladaient rapidement, craignant la brutale ondée prévue, les ruelles tortueuses et caladées du village médiéval.

A la poterne sud du château, gardée par deux gentes dames, le plus vieux des trois dût s’acquitter du péage permettant l’accès aux réjouissances….

Une très jeune damoiselle leur demanda l’endroit de leur villégiature. Prenant son rôle très au sérieux, elle nota sur son parchemin, sans surprise apparente d’où ils venaient : du bord de la mer azuréenne pour deux d’entre-deux, de la province royale d’Ile de France pour le dernier. Sans doute, le châtelain, maître des réjouissances, voulait connaître l’origine parfois lointaine de ses visiteurs d’un jour.

20130509 152837Sous les hautes murailles, les tentures des luthiers et autres musiciens trônaient sur l’esplanade sud. En la taverne, un concert improvisé attira nos trois compagnons : luth, timbales, rebec et flûte accompagnaient les accents mâle du chant en Lengua Nostra d’un troubadour….

Sous le charme de la vieille langue, les assistants applaudissaient à tout rompre à la fin de chaque sirvente.

Puis, comme à regret, les musiciens se retirèrent et les spectateurs retrouvèrent la grisaille de cette après-midi. Un luthier, de sa gouge creusant un morceau de tilleul dont les formes arrondies évoquait déjà le futur usage, expliquait aux badauds ravis, les étapes principales de la fabrication d’un luth. Plus loin, sur l’esplanade surplombant la rivière, des groupes se formaient, tentant qui un jonglage de balles, qui s’essayant à la pratique des échasses.20130509 163859

Soudain, une voix de stentor résonna, annonçant le concert à venir dans l’ancienne salle de garde. Curieux, amateurs ou simples visiteurs se précipitèrent afin d’obtenir les meilleures places.

Trois jeunes femmes gracieuses accompagnées d’un barbon barbu prirent place sur l’estrade. Le silence se fit…

Et le charme opéra…

Une mélodie médiévale s’envola des lèvres d’une d’entre-elle : une voix mélodieuse, allègrement soutenue par une flûte accompagnée par les accords délicats d’une harpe et ponctuée par les cymbales du barbon barbu emporta les spectateurs au-delà du temps…


Et pendant presque une heure, le groupe Camélilot nous entraîna dans les rêveries poétiques de la musique d’antan. Une véritable découverte pour la plupart des attentifs visiteurs venus en Largentière pour le festival « L’Entrada »…

Revenus à la lumière, les trois chevaliers des temps modernes, Caminares et ses fils, prolongèrent l’après-midi par quelques danses médiévales, dont une dite des "Pèlerins"…

20130509 164601La soirée approchant, nos preux compagnons retrouvèrent leur carrosse cinq chevaux garé sur la place du village et prirent le chemin du retour vers la modernité…

Publié dans chronique

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Moun 19/05/2013 11:46

Bonjour Caminarès
Je me suis prise au jeu du récit, de cette chronique des temps anciens et dans un département que je connais fort bien ainsi que ces spectacles aux beaux jours.
Toujours un régal
Merci

caminares 19/05/2013 13:43



Découverte d'un temps ancien, enfoui au plus profond de mon être, musique d'un autre temps et pourtant si moderne...


Ce festival est une vrai découverte....



Lou Reïgis 18/05/2013 11:33

Ha, Caminares, quel beau voyage dans les temps anciens...!
Réveille l'écrivain qui sommeille en toi, et écrit nous un roman populaire dans la veine des grands littérateurs du XIXè siècle!
Ca pourrait occuper heureusement une future retraite!

caminares 18/05/2013 12:04



Lorsque l'hiver venu, le feu crépitera dans la cheminée, mon épagneul endormi à mes pieds, pendant que le vent mauvais secouera les hautes fondaisons, alors peut-être...