Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants

Publié le par Lou Reïgis

La connaissance de la Géographie nationale commence à l'école primaire.

Enfin, autrefois il en était ainsi. Dans les livres scolaires, les photos des paysages devenaient des rampes de lancement à notre imagination. Ainsi de la Montagne Noire, du massif Armoricain, du Pays Basque, du Val de Loire, de la côte d'Emeraude, du massif de l'Esterel ou de la Côte d'Azur, liste non exhaustive qui nous assénait que la France était bien magistralement le plus beau pays du monde, à l'exception notoire de tous les autres.

Et bien cela est strictement la vérité vraie. Celle révélée d'un reposoir des Dieux, qui ne se tiennent jamais autant alanguis et satisfaits devant la maîtrise de leurs capacités créatrices, quant après avoir bourlinguer dans leur univers Olympiques, ils viennent déguster la part généreuse de leur repos créateur sur les hauteurs du plateau Ardéchois, par exemple. Justement, prenez le paysage que je connais le mieux, l'Ardèche, je veux dire le département administratif qui en dessine les tours et contours. Passons sur la main du dieu qui tint celle de Napoléon, qui avait ces petitesses qui font les grands despotes, pour convenir que le hasard sans la nécessité est l'hermaphrodisme de toutes les vertus.

Or donc, voilà que l'été dernier me fut confiée la garde passagère de deux enfants, conjugaison de deux tropiques vivant au méridien de Valence. Le petit Loïc 6 ans, et le grand Paul son frère aîné de deux ans, n'avaient guère traversés le Rhône, si non pour s'étonner de ce grand fleuve d'écoulement de péniches, d'oiseaux maraudeurs et migrateurs et de quelques coureurs de berges aux semelles de plomb.

Aller de l'autre coté de la rive est une aspiration commune, similaire à celle de l'ascension d'une montagne, où l'on finit toujours par découvrir que la gravitation pousse toujours 360° cul par dessus tête, l'orgueil irrépressible de vaincre ces idées de géants qui habitent nos têtes.

Nous voilà grimpant le Mont Gerbier de Joncs avec ces deux drôles, comme s'il s'agissait de l'Annapurna, avec 6540 mètres de déficit chronique pour l'un, face au 8091 mètre étalon à la mesure de la démesure des dieux, pour l'autre. Mais point question d'échelle pour ces deux enfants de la Drôme qui mirent allègrement du coeur à justifier la vaillance de leur jeune vie. Sherpa à grand chose de modérer leur enthousiasme grisant quand, au dessus de leur tête, un bol de ciel bleu moucheté de crème laiteuse leur proposait un nuage pour le chocolat de 4h. Ils vainquirent sans coup férir le Mont Gerbier de Joncs avec pour guides, la prouesse de leur inconscience et les rires joyeux qui accompagnent l'ignorance de la peur.

Après cette ascension mégalo-enfantine, le choix du prochain terrain de jeux hésita le temps de l'improvisation. Certes Borée, à deux pas de là, proposait une découverte singulière dans un cadre irrégulier, celui des mythes et des symboles gravés sur pierres levées. Mais de crainte qu'ils se fassent Tchier, nous décidâmes judicieusement de les emmener faire du pédalo sur un volcan.

Le lac d'Issarles acheva d'enchanter la ronde enfantine des heures écoulées. Les estivants avaient pris d'assaut les restaurants, les plages alanguies par le clapotis paisible des vaguelettes sommeilleuses et les pédalos loués à prix Ardéchois, c'est à dire que, dans ces contrées, on suppose que le cochon de payant est Parisien. On s'aligne toujours sur le mieux disant argenté, ou supposé tel. Et tant pis si la serveuse de restaurant avait le style et l'étiquette aléatoire, celle de son slip qui dépassait d'un pantalon fatigué, signalait subrepticement qu'en ces lieux, le labeur des montagnards se paye à prix d'or... Nous fîmes tout de même du pédalo sur les vaguelettes en rêvant...

La nuit, le sommeil fut rude. Et le lendemain, frais comme une pincée de givre sur les joues de juillet, le petit train de la mémoire et des rébus télévisés nous embarqua dans la vallée du Doux, à St Jean de Muzols. Vertigineuse alambic à suie serpentant à flanc de montagne, le "Mastrou" procura une angoissante stupeur à nos deux petits téméraires de la veille. La bête ronflante et ahanante n'avait rien de rassurante pour des yeux d'enfants rassasiers de jeux virtuels et de monstres à crédits tactiles. Au dessus du canyon du Doux, le silence apeuré des petits voyageurs s'étalait en CinémaScope. La voltige aérienne du train vapeur semblait devoir s'achever dans un engloutissement fracassant d'orgie d'acier et de feu.

Qu'elle fut soulageante l'arrivée-retour en gare de St Jean ! Et succulent le gros cornet de crème glacée, léché avec gourmandise et grand sérieux sur les berges du Rhône, à Tournon...

Leur retour à Valence fut une formalité. Il y a belle lurette que le Rhône se gausse de ponts sans péages, si ce n'est ceux que les riverains des deux berges installent dans leur têtes, pour perpétuer l'antagonisme foncier mais bon enfant entre Côtes du Rhône, et la régalade facétieuse des comptoirs de Bacchus dans quelques caves et tavernes des deux rives.

Le petit tour d'Ardèche de Paul et Loïc augure un grand à venir. L'apprentissage de la Géographie en milieu scolaire n'est jamais qu'un entr'appercu de pays et paysages. Seule la découverte de terrain rend charnel notre amour d'un pays, d'un lieu, d'un coin d'enfance où s'enracine pour mieux voyager et découvrir, le désir d'ailleurs.

Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfantsLe (petit) tour d'Ardèche de deux enfants
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Le (petit) tour d'Ardèche de deux enfantsLe (petit) tour d'Ardèche de deux enfants

Publié dans Chronique

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serrurier paris 24/11/2014 11:24

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.

Cordialement

Caminares 11/12/2014 08:15

Cela aurait été mieux avec le lien......

Caminares 19/11/2014 22:43

Oh, Milloudiou! Voilà-t-y pas que mon Lou Reïgis nous gratifie d'une chronique où si-t'as pas pas le Larousse sous la main ou les références qui vont bien tu n'y comprend goutte.... Pousse le Char un peu loin l'ardéchois de l'Eyrieux pour un simple cour de géographie!